Et si Gabrielle n'était qu'une catin ?
____Sans vraiment savoir comment, je m'étais retrouvé au milieu d'une taverne où défilaient à tour de bras, de ces catins qui peuplent nos rues. Les propositions fusaient de toute part. Etait-ce réellement étonnant ? Je correspondais parfaitement à leurs critères de sélection, blond, yeux clairs et richement vêtu. Pour elles, je devais faire figure d'oiseau rare : un homme fortuné loin de ses femmes de luxe et de goût à la peau diaphane et aux lèvres rosées. Pourtant, ce soir, j'étais seul, abandonné, brisé. Rejeté par la femme que j'aimais. J'ignorais si cette souffrance provenait d'un quelconque vide qu'elle aurait pu créer en moi ou si par fierté, je n'arrivais pas à admettre cet échec : le refus d'une femme. C'était une sensation nouvelle pour moi et loin d'être des plus agréables. Moi l'homme pour lequel toutes les femmes se battaient, bourreau des c½urs et coureur de jupons, je me retrouvais en position d'infériorité, à la merci d'une femme. Je pensais que l'amour était une chose simple, aujourd'hui je faisais les frais de cette naïveté.
____Je vaquais à gauche à droite dans ce lieu malfamé. Je pris un verre au comptoir, pleurant en silence mon amour perdu, cause de cette nouvelle souffrance. Une de ces filles de joie avait accosté mon voisin. Ec½uré par la laideur de la scène et de la femme, je m'éloignais à une table, tournant le dos aux fréquentations du lieu. Soulé par cet alcool de mauvais goût et que je n'avais pas l'habitude de consommer, je m'aperçus à peine qu'une des filles s'était assise sur mes genoux et tentait de me rendre plus attrayant par tous les moyens qu'elle connaissait...
Le regard vitreux, je tentais à plusieurs reprises de la repousser, mais en vain. Agacé par son comportement, je finis par la pousser violemment. Elle poussa un petit cri outré, avant de repartir en chasse. Je vis à peine sa tignasse rousse et bouclée, s'éloigner. Seul son visage blafard et maquillé vulgairement me restait à l'esprit. Ayant réveillé mes envies, je finis par attraper l'une d'elles en vol ; l'extirpant de la foule et l'attirant dans ma direction. Bien décidé à me venger avec bassesse de cette femme qui n'avait pas su profiter de ce que je daignais lui donner.
____Ce fût avec un certain étonnement que je vis jaillir vers moi une jeune fille. En effet, je tenais dans ma main un poignet d'une rare finesse. Celle là n'avait rien à voir avec les autres. Elle était encore très jeune, elle n'avait sans doute même pas atteint la majorité. Son teint était clair, d'une blancheur naturelle et s'accordait parfaitement avec ses yeux ciel. Le seul contraste était marqué avec ses cheveux noirs geais coupés courts et en brosse qui affinaient son visage angélique. Nous étions loin de ces femmes que j'avais l'habitude de fréquenter, leurs longues chevelures balayant leurs épaules lorsqu'elles se mouvaient avec grâce, le teint pâlit par les poudres, une discrète mouche apposée au coin des lèvres. Contrairement aux autres plutôt bien en chair, celle-ci était mince, à l'extrême limite de la maigreur. Observant sa gorge, je vis ses os saillants tandis que la dentelle de son corset épousait l'arrondi de sa poitrine à peine formée.
____-Vous désirez monseigneur ? me questionna-t-elle timidement, tout en baissant le regard.
____Je ne sus que répondre, je ne sus que faire. Je me sentais tellement gauche et rustre à côté de ce petit être. Comment pouvais-je me trouver aussi vulgaire alors que devant moi se dressait une fille de joie ?
____- Vous ne vous sentez pas bien ? s'enquit-elle.
____La terreur me prit à la gorge, je ne compris pas pourquoi. Elle avait osé un regard dans ma direction. L'inquiétude se lisait sur son visage tandis qu'elle m'observait. Soudain je fus happé par la puissance de son regard. Je revécu sans le vouloir ma séparation, la douleur me serra le c½ur et une boule fit son apparition dans ma gorge. Que m'arrivait-il ?
____Elle posa sa main sur ma joue en un geste qui se voulait réconfortant, pourtant l'effet fut inverse, la douleur augmenta face à cette attention soudaine. Ses longs doigts fins se baladèrent dans mes cheveux. J'eus cette envie enfantine de me réfugier dans ses bras. Je me sentais tellement faible face à elle.
____-Gabrielle !
____Une des filles vint la voir.
____-Petit Ange, la patronne te cherche, va vite, je m'occupe de lui.
____Je perçus qu'elle était partagée entre cet homme détruit et son devoir. La regardant partir, les regards se tournant dans sa direction, je compris que je n'avais pas été la seule victime de son magnétisme. Sa longue robe blanche ondulait doucement sur des jambes interminables. Se faufilant à travers la foule avec allégresse, évitant aisément les mains qui tentaient de la toucher, de la happer, de salir sa pureté, elle disparut dans le brouhaha.
____C'est à cet instant que je compris qu'un ange était passé dans la salle.
____-Et oui mon tout beau, cet ange est une catin...me souffla au creux de l'oreille ma prochaine partenaire.
Pour Elle, parce que je sais qu'elle adore ce texte...
dites moi ce que vous en pensez à l'occas, si vous aimez ou pas
m'ci les gens